Proposition intégrée et majoritaire en vue d’une transition politique inclusive pour le rétablissement de l’État de droit et la restauration de l’ordre constitutionnel en Haïti.
- valeska maurice
- Jan 17
- 6 min read
Updated: Jan 19
La proposition majoritaire portée par l’Assemblée Extraordinaire des Organisations de la Société Civile (AEOSC) constitue une charpente politique, institutionnelle et méthodologique cohérente, articulant vision programmatique, réponses sécuritaires immédiates, réformes structurelles et mécanismes de suivi. C'est une offre crédible de transition de rupture, souveraine, inclusive et orientée vers la dignité, la justice et une paix durable en Haïti, tout en reconnaissant et documentant les propositions alternatives formulées au cours du processus délibératif.
À l’issue de l’analyse approfondie des différentes propositions examinées, celle-ci s’est dégagée comme la plus favorable. Elle repose sur une conviction largement partagée et consolidée par un consensus majoritaire : aucune transition politique crédible n’est possible sans une réponse ferme, immédiate et structurée à l’insécurité. La majorité des participant·es s’accorde sur le fait que la neutralisation des gangs armés constitue la condition préalable à toute réforme institutionnelle, à toute relance économique et à toute dynamique électorale.
La transition proposée privilégie ainsi une stabilisation politique rapide, combinée à un choc sécuritaire contrôlé, strictement encadré par le droit et orienté vers la protection des populations civiles. Cette approche est conçue comme exceptionnelle et transitoire, mais nécessaire pour rétablir l’autorité de l’État, sécuriser les territoires, permettre le retour des personnes déplacées internes et recréer les conditions minimales de la vie économique et sociale.
Cette proposition constitue l’aboutissement d’un processus participatif rigoureux, structuré et inclusif, conduit depuis le mois de juillet 2025 et ayant mobilisé 89 organisations (incl. federations, regroupement, associations, confederations, ect) participantes à l'AEOSC , issues de 19 secteurs (inlc. jeunes, femmes, travailleurs, paysans, religieux, diaspora, culturels, ect) distincts de la société civile haïtienne. Ce processus s’est appuyé sur une méthodologie hybride combinant groupes de réflexion thématiques en ligne, réception formalisée de propositions écrites par courriel et Whatsapp, consultations ciblées, un sondage public indépendant, ainsi qu’une Assemblée Extraordinaire tenue en présentiel le 29 novembre 2025, garantissant à la fois profondeur analytique, légitimité sociale et ancrage territorial.
Les résultats du sondage mené par l’AEOSC, dont la collecte reste ouverte jusqu'au 5 février 2026, montrent une convergence claire autour de la nécessité d’une transition politique structurée, limitée dans le temps et centrée sur la sécurité, la justice et la restauration de l’État de droit. En matière de gouvernance, 40 % des répondant.es expriment une préférence pour un(e) Président(e) provisoire clairement identifié(e), tandis que 33,33 % privilégient la mise en place d’un Gouvernement d’Union Nationale.
L'analyse des contributions qualitatives et quantitatives suggère un pouvoir bicéphale, associant un.e Président.e issu.e intègre, fort..e et compétent.e de la Cour de Cassation, la Cour Supérieure des Comptes (ou d’une institution publique assimilée), et un.e Premier.e Ministre neutre et rassembleur issu de la société civile pour une durée de 18-24 mois, reflétant une recherche d’équilibre entre légalité institutionnelle, neutralité politique et inclusion sociale. Ces résultats justifient le maintien de deux options de gouvernance légitimes dans le cadre de la transition :
un(e) Président(e) et un(e) Premier(e) Ministre ;
une Présidence collégiale à trois membres accompagnée d’un(e) Premier(e) Ministre.
Sur le plan de la gouvernance, la majorité des réponses converge vers un exécutif de transition clairement identifié, capable d’incarner l’autorité de l’État tout en restant soumis à des mécanismes de contrôle citoyen. La formule la plus soutenue demeure celle d’un exécutif bicéphale composé d’un·e Président·e provisoire et d’un·e Premier.ère ministre, perçue comme offrant un équilibre entre leadership, responsabilité et efficacité décisionnelle.
Cette option est jugée plus opérationnelle que la présidence collégiale à trois membres, laquelle a été proposée par une partie des répondant·es dans une logique d’inclusion et de prévention des dérives autoritaires. Si cette dernière option est reconnue pour sa valeur symbolique et consensuelle, elle est considérée par la majorité comme potentiellement lourde dans un contexte d’urgence sécuritaire, en raison des risques de blocages décisionnels.
D’autres propositions, telles qu’un Gouvernement d’Union nationale élargi ou un leadership essentiellement technocratique, ont également émergé. Toutefois, elles ont été perçues comme insuffisamment ancrées dans une légitimité populaire directe ou comme reproduisant des schémas déjà éprouvés et largement discrédités.
Afin d’être éligibles et d’éviter toute exclusion ultérieure du gouvernement, les leaders du nouvel Exécutif bicéphale devront s’engager formellement à ne pas se porter candidat.es aux élections post-transition. Par ailleurs, toute personne faisant l’objet de sanctions de l’État haïtien ou des Nations Unies sera déclarée inéligible. Leurs familles immédiates doivent résider en Haiti.
Le choix définitif de la forme de gouvernance est néanmoins volontairement maintenu ouvert et conditionné aux résultats finaux du sondage public indépendant, ainsi que des resolutions du Symposium National qui sera conduit par la CONASOC, partenaire de l’AEOSC, le 19 janvier 2026.
Priorités stratégiques de la transition
Sur le plan des priorités stratégiques, la sécurité apparaît comme le socle incontournable de toute sortie de crise. 80 % des participant.es identifient la neutralisation des gangs armés comme la priorité absolue de la transition, condition sine qua non de toute activité politique, économique ou électorale future. Le rétablissement de la confiance publique repose, à égalité, sur la sécurité (70 %) et la lutte effective contre la corruption (70 %), confirmant l’exigence d’une approche simultanément coercitive, institutionnelle et éthique. La proposition majoritaire assume ainsi une logique de stabilisation politique accompagnée d’un choc sécuritaire contrôlé, strictement encadré par la loi, visant la reconquête du territoire, le rétablissement de l’autorité de l’État et la protection des populations civiles.
Cette orientation sécuritaire est complétée par un engagement fort en faveur de la justice, de l’État de droit et de la redevabilité exemplaire mettant en évidence une attente transversale de rupture avec l’impunité, notamment face aux responsabilités structurelles et hiérarchiques. La proposition majoritaire insiste sur l’application de sanctions effectives, y compris à l’encontre des acteurs puissants ou institutionnels, et prévoit, dans les cas extrêmes de refus délibéré de la paix, l’application rigoureuse du principe de redevabilité exemplaire, comme condition de la réconciliation nationale.
La justice, la réconciliation nationale et la redevabilité sont abordées de manière indissociable. La majorité soutient une approche combinant justice transitionnelle et restauratrice, mécanismes de vérité, médiation communautaire et réparations, conférence nationale, afin de panser les fractures sociales profondes. Toutefois, le consensus est clair sur un point : la réconciliation ne saurait signifier l’impunité. Dans les cas extrêmes, notamment face aux acteurs armés, financiers et aux commanditaires de la violence et aux responsables de crimes graves, le principe de redevabilité exemplaire devra être appliqué, y compris par des poursuites judiciaires.
Sur le plan social et économique, la relance est pensée à partir des réalités du terrain. Le secteur primaire est plébiscité comme levier central de souveraineté nationale, tandis que l’intégration active de la jeunesse dans les mécanismes de décision est soutenue par 76,67 % des répondant.es, en lien direct avec les enjeux d’emploi, de prévention de la violence et de durabilité de la paix. Le retour digne et sécurisé des personnes déplacées internes, la réhabilitation des services sociaux de base et l’appui aux communautés affectées par la violence sont considérés comme des priorités opérationnelles immédiates.
Enfin, la société civile affirme son rôle central dans l’architecture de la transition. 56,67 % des participant.es recommandent que les organisations de la société civile assurent des fonctions de médiation, de suivi et de contrôle, tandis que 66,67 % plaident pour une coopération internationale recentrée sur l’appui technique, la formation et le renforcement institutionnel, dans le strict respect de la souveraineté nationale et sans substitution aux responsabilités de l’État haïtien.
Enfin, la transition est conçue comme devant déboucher sur des élections crédibles, inclusives et sécurisées. Celles-ci ne sont pas envisagées comme un préalable, mais comme l’aboutissement d’un processus de restauration de la sécurité, de la confiance publique et de l’État de droit.
Cliquez sur le lien ci-après pour consulter l’intégralité du document, ainsi que la proposition de feuille de route intégrée de l’AEOSC : Propositions Complètes et Feuille de Route de l'AEOSC 17 Janvier 2026 - Google Docs
Cliquez sur le lien ci-après pour lire le resume exécutif de l’intégralité du document, ainsi que la proposition de feuille de route intégrée de l’AEOSC : Résumé Exécutif des Propositions du Processus de l’AEOSC Novembre 2025 - Google Docs
Poursuivez votre participation au sondage citoyen de l’AEOSC sur la crise nationale en cliquant sur le lien suivant. Délai de soumission 5 février 2026 : Sondaj AEOSC sou posiblite sòti kriz la ak sou fen manda KPT a 7 fevriye 2026 / Sondage de l’AEOSC sur les perspectives de sortie de crise et sur la fin du mandat du CPT au 7 février 2026
Valèska Maurice Agbara Yâ Toya, Manbo Yaya
Présidente de l'AEOSC
Port-au-Prince, Ayiti - Haïti
17 Janvier 2026


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